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Le pillage de la maison des Frères - Octobre noir pour les frères

 

Eté 1870 : la guerre sévit dans le pays. Le 25 août, le frère Paulin-Marie, directeur de la maison des frères des écoles chrétiennes où ils sont installés depuis 1845, offre à la société de secours aux blessés 50 lits avec les secours médicaux et le personnel nécessaire. La société accepte le 3 septembre.
Mais le 27 septembre, le conseil municipal, sur proposition du maire André Vassel prend une délibération qui ne sera rendue publique que le 13 octobre, ordonnant le départ des novices et des frères résidant dans « l’immense établissement des Frères Ignoratins » pour leurs foyers respectifs. Le lendemain, le couvent est évacué, mais le directeur envoie un courrier de protestation au maire qui répond par une fin de non-recevoir.

Le 3 octobre, le conseil demande que les maisons des frères soient déclarées propriétés communales et mises à la disposition du comité de la défense nationale pendant la guerre.

L’expulsion, demandée par le maire et autorisée par le préfet Challemel-Lacour a lieu le 8 octobre. Vieillards, malades et infirmes qui restaient dans l’établissement ont été conduits aux hospices de la Charité de Lyon ou de l’Antiquaille. Le 10 octobre, des affiches préviennent la population que le 15 se tiendrait la vente des « provisions de bouche, récoltes sur pied, bêtes à cornes, fourrages, vin ».

Le 13 octobre, le Supérieur de Caluire proteste contre ces mesures auprès du préfet du Rhône. « Toutes mesures ordonnées sont non seulement illégales, mais aussi contraires à l’intérêt public, puisque l’ambulance offerte par nous a été détruite ». Le lendemain, un procès-verbal est dressé dans la propriété en vue de constater les pillages. Les commissaires-priseurs sont cités en référés afin d’interdire la vente voulue par le maire. Le 15 octobre, la vente est suspendue, les objets placés sous la surveillance de deux militaires de la garde nationale.

Le 16 octobre, en conseil municipal, Pierre Brunier, adjoint au maire, proteste contre les mesures prises qui tendraient à engager la responsabilité de la commune. 13 conseillers le suivent, mais le maire s’abrite derrière les ordres du préfet. Le 28 octobre, Challemel-Lacour autorise la vente.

Un an plus tard, Challemel-Lacour a démissionné et a été remplacé par Valentin. Une dépêche du ministère de la Guerre, envoyée au maire Vassel en mars, demande la remise de l’établissement à ses propriétaires, les Frères des écoles chrétiennes, la guerre étant terminée. Le 15 octobre 1871, les frères préviennent de leur intention d’intenter une action en justice à l’encontre de la commune de Caluire, du département et de l’Etat. Ils évaluent provisoirement leur préjudice à « 100 000 francs pour la valeur des objets détruits et à pareille somme pour la privation de jouissance de leur droit de propriété ».

L’assignation devant le tribunal civil est en date du 14 décembre 1871 et le jugement prononcé le 19 juin 1872. Après d’interminables débats en appel, c’est finalement la cour de Cassation qui condamna Challemel-Lacour et consorts à 97 243,55 francs de dommages et intérêts et la commune de Caluire à 80 155 francs. Une transaction intervint et c’est finalement le ministère de l’intérieur qui versa une indemnité. Indemnité qui servit plus tard à la construction de la chapelle Saint-Joseph.